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Bénin : ce pays qui enterre ses génies… avant de les célébrer trop tard

Il faut qu’on se dise les choses, franchement, sans vernis et sans pagne de circonstance : au Bénin, nous avons un talent rare… celui d’ignorer nos propres génies jusqu’à leur dernier souffle. Et une fois le cercueil fermé ? Là, subitement, tout le monde devient expert en hommages, champion des superlatifs et spécialiste des discours larmoyants. Tragique… et presque comique.

Aujourd’hui, ma plume grince. Elle grince fort. Aujourd’hui, je me permets de plonger la plume dans l’encre, même si il ne sera pas d’accord avec moi. Il a toujours refusé qu’on s’appitoie sur son sort… Il n’a jamais accepté une initiative qui va le faire passer pour un quémandeur de gloire ou de reconnaissance. Il voulait juste que son pays soulève son oeuvre pour la montrer au monde entier… Hélas .
Derrière les couronnes mortuaires et les discours bien repassés, il y a une vérité qu’on préfère cacher sous le tapis : nous ne savons pas aimer nos artistes de leur vivant.

Et l’histoire de JB Hounyovi en est la preuve la plus cinglante.

Un monument. Un vrai. Pas une “star d’un soir” fabriquée à coups de buzz et de filtres Instagram et Live Tik Tok. Non. Un créateur, un bâtisseur, un inventeur. L’homme qui a donné naissance au tissu natté, une matière inspirée de notre quotidien, de nos palissades en feuilles de cocotier, de notre identité littorale. A l’instar du pagne ou du Kanvo, lui a pensé et crée le natté.
Pendant que certains copiaient l’Occident, lui, il inventait le Bénin.

Mais voilà : au Bénin, innover localement, c’est souvent signer pour l’invisibilité.

Plus de 50 ans de carrière. Une œuvre gigantesque. Une collection de plus de 10 000 modèles en préparation. Une exigence de perfection presque obsessionnelle. Et pourtant ? Silence radio. Ou presque. À croire qu’il fallait mourir pour devenir “immense”.

Et maintenant, regardez-les. Ils arrivent. En rangs serrés. Les mêmes qui n’avaient “pas le temps”, “pas le budget”, “pas la vision”. Les voilà aujourd’hui, mines graves et voix tremblantes, prêts à célébrer celui qu’ils n’ont jamais soutenu. Des hommages XXL pour une reconnaissance taille zéro.

Soyons sérieux deux minutes.

Le seul Béninois à avoir défilé à Paris aux côtés de maisons comme Dior ou Yves Saint Laurent, Coco Channel… ignoré chez lui.
Le créateur qui a habillé des figures comme l’ex première dame Chantal Yayi, le Président Goodluck Jonathan ou encore les artistes Nel Oliver, Sagnohan Danialou, Tola Koukoui, sous-valorisé.
L’homme qui a inventé le style “Goodluck”, aujourd’hui répandu dans toute l’Afrique… oublié dans son propre pays.
L’homme qui a inventé le modèle type de l’Africain, qui lui permet de faire des prêts à porter sur mesure, pour régler le problème souvent rencontré par les couturiers occidentaux qui n’arrivent pas à bien habiller les femmes africaines à cause des rondeurs.

Et vous voulez qu’on applaudisse ?
Non. On va plutôt rire. Un rire jaune, certes, mais un rire quand même. Parce qu’il y a quelque chose d’absurde — presque burlesque — à organiser des événements sur “l’identité culturelle” sans inviter ceux qui la fabriquent réellement.

Récement, pendant qu’on déroulait le tapis rouge pour des figures venues d’ailleurs comme Alphadi lors du dernier FINAB, JB Hounyovi, lui, était dans son atelier à la Haie Vive. À quelques kilomètres seulement des bureaux de la structure organisatrice de l’événement. Invisible. Comme si le génie, quand il est local, devenait subitement banal.

Voilà notre paradoxe :
Nous adorons ce qui vient d’ailleurs… et nous dévalorisons ce qui vient de chez nous.

Et pourtant, JB Hounyovi est de la trempe des Pathé’O, Alphadi et même en mieux. Il est un inventeur, une pièce de collection unique crée par Dieu. Il n’a jamais quémandé une gloire. Jamais. Pas un homme de plainte. Juste un homme de création. Il ne demandait pas la charité, encore moins la pitié. Il demandait mieux : juste un regard, une reconnaissance, un accompagnement pour célébrer son art.

Visiblement il en demandait trop…
Alors oui, aujourd’hui, il part. Comme son collègue Pigozi parti un peu plus tôt, il s’envole. Et avec lui, c’est une bibliothèque entière qui brûle. Une mémoire textile. Une intelligence artistique. Une vision africaine de la mode.

Et comme d’habitude, on va faire quoi ?
Pleurer. Écrire. Poster. Publier.
Et oublier… jusqu’au prochain génie sacrifié.

Mais à force d’enterrer nos talents, il ne faudra pas s’étonner de devenir un pays sans mémoire, sans repères, sans fierté.

Le plus ironique dans tout ça ?
Le Bénin rêve de rayonnement culturel.

Sauf que la lumière ne vient pas d’ailleurs.
Elle était là. Dans un atelier, derrière un métier, à la Haie Vive.
Et nous avons préféré détourner le regard.
C’est le lieu de remercier les jeunes créateurs comme Felicien Casterman, Sessi Edy, Didier Fabrice, Lolo Andoche, Oslo Nassi, Jerry Sinclair, qui n’hésitaient pas à s’abreuver à la source du génie Hounyovi.

Repose en paix, Maître JB.
Ici, on ne reconnaît les étoiles… que lorsqu’elles s’éteignent.

Lorys HOUNON

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